Un nouveau projet de mentorat destiné aux jeunes francophones veut combler un manque d’accompagnement pour celles qui grandissent dans un environnement majoritairement anglophone à Hamilton. Pendant un mois, trois adolescentes ont participé à des ateliers destinés à renforcer leur confiance, leurs compétences et leur réseau.

Chrismène Dorme  – IJL – Le Régional

De février à mars, trois jeunes filles francophones âgées de 16 à 18 ans ont participé au programme « S’exalter avec Exalt : Jeunes et Audacieux », une initiative conçue pour soutenir la jeunesse francophone de la région de Hamilton. L’objectif est clair : offrir aux participantes des outils concrets pour développer leur confiance, leurs compétences et leur vision de l’avenir.

À l’origine de cette initiative, l’entrepreneure Chance Faïda qui a elle-même grandi avec peu de ressources en français pour nourrir ses ambitions professionnelles. « Quand j’étais plus jeune, je ne savais pas vers qui me tourner », raconte-t-elle.

Installée dans un environnement majoritairement anglophone, elle a dû apprendre à évoluer et à se former en anglais, une langue qu’elle ne maîtrisait pas encore pleinement. Cette expérience l’a inspirée à mettre sur pied ce programme afin d’outiller et de soutenir les jeunes filles. « Le but, c’était d’offrir un accompagnement et des ressources qui n’étaient pas accessibles quand j’étais jeune », explique-t-elle.

Organisée en partenariat avec le Centre francophone Hamilton (CFH) et financée par la Communauté francophone accueillante locale, l’activité s’est articulée autour de quatre ateliers : la fixation d’objectifs, la littératie financière, le développement communautaire et le réseautage.

Le directeur du CFH, Lanciné Koulibaly, est également intervenu pour discuter de l’importance de l’engagement communautaire. Il a encouragé les participantes à s’impliquer dans leur milieu et à considérer le bénévolat comme une façon de créer des liens.

Chaque rencontre donnait aussi la parole à des intervenants issus de la communauté francophone, venus partager leur parcours et leurs conseils, telle l’intervention d’un planificateur financier d’Ottawa et d’une travailleuse en établissement dans les écoles du Manitoba. Cette dernière a notamment aidé les participantes à mieux comprendre les étapes pour décrocher un emploi, de la rédaction d’un CV à celle d’une lettre de motivation. « L’idée était de montrer aux participantes que les chemins vers la réussite peuvent être multiples », souligne Mme Faïda.

Lors de la séance consacrée à la littératie financière, certaines adolescentes ont découvert pour la première fois l’importance de réfléchir à la gestion de l’argent dès l’adolescence — une prise de conscience qui illustre le manque d’information auquel les jeunes peuvent être confrontés.

Pour Chance Faïda, cette dimension collective est essentielle : « Être entouré de personnes qui te ressemblent et qui ont des objectifs similaires peut faire une grande différence ».

L’approche par le mentorat de la fondatrice est aussi fortement influencée par son propre parcours entrepreneurial. Elle encourage les jeunes à développer leurs idées et à ne pas se limiter.

« Je veux leur montrer qu’elles peuvent avoir leurs propres visions et ne pas se mettre de barrières, affirme-t-elle. Il ne faut pas utiliser son identité — être immigrante ou femme noire — comme un obstacle. »

Au fil des semaines, les effets de l’atelier se sont déjà fait sentir. Les participantes ont gagné en assurance et ont commencé à développer leur réseau. Motivées par l’expérience, les trois jeunes se sont ensuite inscrites au programme Élan F, une initiative locale destinée à soutenir les entrepreneurs émergents.

Pour sa fondatrice, cette première édition confirme l’utilité de telles rencontres dans une communauté en situation minoritaire. « Le fait d’avoir des ressources francophones déjà présentes à Hamilton est un véritable atout », assure-t-elle.

Chance Faïda espère désormais pouvoir pérenniser le projet. « Un de mes plus grands rêves serait de continuer ce programme chaque année », conclut-elle, à condition toutefois que le financement soit au rendez-vous.

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Photo : Chance Faïda anime une session. (Crédit : Manan Joshi)