À Welland, une initiative chaleureuse a rassemblé aînés, bénévoles, étudiants et partenaires autour d’un rendez‑vous festif où la langue française, la solidarité et la créativité ont occupé le devant de la scène. Au‑delà d’un simple repas, l’activité a démontré combien ces rencontres renforcent la cohésion sociale et favorisent l’inclusion.
Christiane Beaupré – IJL – Le Régional de Hamilton-Niagara
Le vendredi 9 janvier, la salle paroissiale de l’église du Sacré‑Cœur de Welland s’est transformée en un véritable lieu de fête pour accueillir le tout premier Café/lunch Bonne Année 2026 du Club Renaissance. Environ 130 personnes ont répondu à l’invitation, confirmant le besoin criant de moments de rassemblement pour les aînés francophones de la région. Derrière cette activité se trouvent Muriel Thibault‑Gauthier, instigatrice et organisatrice passionnée, et son conseil exécutif qui ont misé sur un thème fort pour donner un souffle particulier à cette nouvelle formule.
« J’essaie toujours d’avoir un thème avec les activités. C’est important », explique‑t‑elle. Inspirée par son expérience comme directrice d’école, elle applique aux aînés la même recette qui motive les jeunes : une ambiance ludique, des repères symboliques et un fil conducteur qui donne envie de participer. Pour janvier, le thème de la nouvelle année s’est imposé naturellement. Couronnes, chapeaux, trompettes, nappes et serviettes portant l’inscription Bonne Année ont été dénichés à Ottawa pendant les Fêtes et soigneusement disposés dans la salle. Tous ces éléments, en français, ont contribué à créer un décor festif où chacun se sentait fier d’afficher son appartenance à la francophonie.
L’accueil a donné le ton. Vin non alcoolisé servi dans des coupes de champagne pour le toast, café, thé et breuvages chauds, mets chinois préparés par divers chefs bénévoles : tout avait été pensé pour faire de ce rendez‑vous un moment mémorable. Le père Guy Bertin a confectionné pas moins de 350 rouleaux printaniers, tandis que Marthe et Adrien Bilodeau, membres du Club Renaissance, ont préparé une bûche, des biscuits et un gâteau de Noël, en plus de s’occuper du café. « Tout avait été préparé avec amour et tendresse », résume Muriel Thibault‑Gauthier, visiblement émue par cet élan de générosité.
Les jeux ont ensuite pris le relais pour animer l’après‑midi et favoriser les échanges. Le fameux jeu de la 26e carte, imaginé en clin d’œil à l’année 2026, a permis de couronner le roi et la reine de la journée. La 26e carte rouge et la 26e carte bleue ont déterminé les heureux élus, qui ont reçu des bons‑cadeaux de Tim Hortons bonifiés d’une pièce d’un dollar, pour rappeler le caractère symbolique de cette édition. Le suspense, les rires et les coups de trompette ont fait retomber les barrières, transformant la salle en un espace où les aînés redevenaient, l’espace d’un instant, de grands enfants.
Pour la présidente du Club Renaissance, ces activités vont bien au‑delà du divertissement. « Ce sont des activités pour briser l’isolement. Ce n’est pas tout le monde qui veut jouer, alors nous avions aussi des moments de socialisation à 100 % », explique‑t‑elle.
Elle a pris le temps de s’asseoir avec différents groupes, d’écouter les récits de famille, les souvenirs des Fêtes, les recettes partagées et parfois les difficultés vécues durant l’hiver. Plusieurs aînés avaient été malades pendant la période des Fêtes; pour eux, ce Café Bonne Année est devenu leur véritable célébration de Noël. « Ces activités mettent du soleil dans la vie des aînés », confie‑t‑elle.
L’impact social de cette rencontre s’est aussi illustré par la diversité des partenariats. La présence de Ginette Secord, superviseure au centre éducatif La Boîte à soleil, a marqué un tournant avec l’annonce d’un projet intergénérationnel ambitieux. L’initiative vise à jumeler un enfant de la garderie à une personne aînée, afin de créer des liens durables entre les générations. Les visites se feront dans les deux sens : parfois les aînés se rendront à la garderie, parfois les enfants participeront aux activités du Club Renaissance. L’émotion était palpable lorsque Mme Secord a présenté ce projet; plusieurs grands‑mères avaient les larmes aux yeux, touchées par cette occasion de transmettre, d’écouter et de se sentir utiles. « C’est bon pour les deux », souligne Muriel Thibault‑Gauthier, convaincue que ce partenariat enrichira autant les enfants que les aînés.
Autre élément clé : la participation des étudiants du programme de Préposé aux services de soutien personnel du Collège La Cité à Welland, majoritairement des nouveaux arrivants. En début de session, une dizaine d’entre eux sont venus prêter main‑forte pour l’organisation de la salle, les décorations et le service du repas style buffet.
« C’est une activité multiculturelle qui contribue à l’intégration des immigrants », précise Mme Thibault‑Gauthier. En plus de découvrir la culture francophone locale, les étudiants ont pu vivre une expérience concrète auprès des aînés, au cœur de l’action, souriants et de bonne humeur. Une formule gagnante, autant pour la communauté que pour la relève en santé.
Les retombées de l’événement se sont aussi mesurées à travers les nombreux prix de présence, les épingles numérotées Bonne Année et les tirages qui ont rythmé l’après‑midi : livres, mots mystère, mots croisés, sucre à la crème maison… Autant de petites attentions qui ont renforcé le sentiment d’appartenance et la fierté collective.
Le Café/lunch Bonne Année a aussi permis de couronner Caroline Charrois et Gérald Lagacé comme reine et roi du Club Renaissance, un moment empreint d’émotion, particulièrement pour M. Lagacé, qui a partagé le souvenir de son épouse décédée à la même période de l’année.
« Tout le monde était content. Il y avait quelque chose de spécial, au‑delà de mes attentes. C’était vraiment une journée magique », conclut Muriel Thibault‑Gauthier. Déjà, elle prépare la prochaine activité, prévue en février à la veille de la Saint‑Valentin.
À travers ces cafés thématiques, elle démontre que de simples gestes – un repas partagé, un jeu, une conversation – peuvent avoir un impact profond : réduire l’isolement, renforcer la vitalité francophone, favoriser l’intégration et créer des ponts entre les générations. Une preuve éloquente que la vie communautaire demeure un puissant moteur de bien‑être et de cohésion sociale.
Photo : Caroline Charrois et Gérald Lagacé ont été couronnés reine et roi du Club Renaissance. (Crédit : père Guy Bertin)






