Dans la capitale canadienne de l’acier, le festival apporte une énergie nouvelle en faisant dialoguer théâtre engagé, traditions orales et initiatives communautaires. Pendant plusieurs jours, la ville se transforme en scène vivante où se croisent récits d’exil, contes afro-caribéens et créations collectives.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Du 27 février au 8 mars, Frost Bites animera la cité ontarienne avec une programmation rassembleuse mêlant spectacles familiaux, ateliers et voix francophones. Les activités se déploieront au Theatre Aquarius, au Bernie Morelli Recreation Centre et au Staircase Theatre. Porté par la Hamilton Festival Theatre Company, ce rendez-vous promet chaleur et rencontres au cœur de l’hiver. La ville sera investie d’une effervescence artistique entre spectacles familiaux, atelier participatifs et voix francophones, qui rassemblera petits et grands.
Cette édition s’ouvrira avec une création profondément ancrée dans l’expérience humaine du déplacement et de l’appartenance avec une création originale, Land, Place, Home. Depuis un an, de nouveaux arrivants échangent, écrivent et dansent pour façonner les récits qu’ils souhaitent partager. De ces ateliers est né un recueil vivant de voix singulières, porté à la scène à l’initiative de Open Heart Arts Theatre, en coproduction avec l’organisme en santé mentale ABRAR Trauma and Mental Health.
Comme l’explique Kelly Wolf, directrice artistique d’Open Heart Arts Theatre, « sur le moment, nous ne savions pas vraiment comment le projet allait s’annoncer. Nous savions juste que les histoires allaient venir d’eux ».
Le titre s’est imposé naturellement, reprenant les mots des participants lorsqu’on leur a demandé quels lieux les reliaient à la terre ou à l’eau. « Nous avons tous une relation avec la nature qui nous entoure. À travers la terre, nous découvrons que nous avons des choses en commun », ajoute Kelly Wolf. L’objectif n’était pas seulement de raconter l’immigration, mais de révéler ce qui relie les êtres humains au-delà des frontières.
Quatre participants, originaires de Syrie, d’Irak, du Kenya et du Népal — Elie, Wend, Cyprian et Pravash — portent cette création. Le processus s’est déployé au fil des saisons : ateliers d’écriture durant l’été; travail dramaturgique à l’automne; répétitions intensives cet hiver avant la première. À chaque étape, « nous voulions créer un environnement où chacun se sente en sécurité », précise Mme Wolf
En effet, les premières semaines n’étaient pas centrées sur les traumatismes, mais sur les souvenirs heureux et les symboles personnels. On leur a demandé d’apporter un objet représentatif : un aimant du Népal « pour que mon pays voyage toujours avec moi », un tissu à motif traditionnel ou encore un microphone évoquant l’amour de la musique. Autant de portes d’entrée vers des récits intimes, mais universels.
Au fil des mois, la transformation est visible : la posture s’affirme, la parole se libère, des liens d’amitié se tissent. L’équipe envisage déjà de faire voyager le projet vers d’autres villages et festivals, convaincue de sa force rassembleuse
À l’issue de la représentation, le public sera invité à prolonger l’échange dans le foyer, où sera exposé un projet textile conçu par des femmes originaires de Syrie et d’Afghanistan. En écoutant leurs récits sous forme de balado, les visiteurs pourront dialoguer et partager leurs impressions.
Le 28 février, ce sera au tour de la conteuse d’origine haïtienne Djennie Laguerre, aussi connue sous le nom de Madame Bonheur, de donner une touche afro-caribéenne au festival . Sa performance, plongera le public dans l’univers du conte traditionnel Krick, où la parole circule entre la scène et la salle.
Pour l’artiste, cette tradition ancestrale est à la fois rituelle, transmission et lien communautaire, où satire et vie quotidienne se mêlent.« C’est une façon de transmettre une tradition qui existe dans plusieurs cultures, mais à la manière haïtienne », confie-t-elle.
Chants, rythmes et participation sont au cœur de la performance. Les spectateurs sont invités à répondre, taper des mains, danser. « Je suis très proche du public. C’est un partage d’énergie », souligne Mme Laguerre
En Haïti, les enfants assistent aux veillées, accompagnés d’un parent; les récits s’adressent naturellement aux deux générations. Sur scène, la conteuse recrée cette atmosphère chaleureuse.
Si les contes sont racontés en anglais, Djennie Laguerre veille à préserver la musicalité du créole, notamment à travers les cris des animaux et l’authenticité des personnages. « J’aime que le personnage principal soit noir, même lorsqu’on aborde des sujets universels. On apprend ainsi la beauté de la culture haïtienne. »
Elle espère que le public repartira avec un sentiment d’appartenance et la conscience que « nous avons besoin de la collectivité », conclut-elle.
En réunissant théâtre communautaire et traditions orales, Frost Bites confirme son rôle de carrefour culturel hivernal. À Hamilton, la scène devient un lieu où l’on partage bien plus que des histoires : une expérience commune, chaleureuse et profondément humaine.
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Photo : Djennie Laguerre (Crédit : Marla @Rebelhowl)






