Un sondage réalisé auprès de personnes immigrantes francophones brosse un portrait nuancé de leur expérience à Hamilton. Si l’accueil et le sentiment d’appartenance sont au rendez-vous, le logement, l’emploi, le coût de la vie et l’accès à l’information compliquent encore l’installation et la vie quotidienne.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Hamilton sait accueillir. Mais pour celles et ceux qui choisissent d’y construire une nouvelle vie en français, l’accueil ne suffit pas toujours à garantir une intégration durable. C’est l’un des principaux enseignements d’un sondage mené auprès de personnes immigrantes francophones de la région par la Communauté francophone accueillante (CFA) de Hamilton.
Ville de 569 353 habitants (selon le recensement de 2021) et désignée en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario, elle garantit l’accès à certains services gouvernementaux en français.
Coordonnée par le Réseau en immigration francophone Centre-Sud-Ouest ontarien et financée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, l’enquête a recueilli les réponses de 161 personnes. Son analyse, réalisée par Nabila Sissaoui, coordonnatrice des CFA de Hamilton et London, offre un portrait à la fois encourageant et préoccupant de la communauté.
Le constat le plus positif concerne l’inclusion. Une très forte majorité des répondants considèrent Hamilton comme une communauté inclusive, tandis que les trois quarts se sentent pleinement accueillis. L’indice d’intégration sociale atteint 0,87 sur 1, signe d’un environnement communautaire qui fonctionne.
La satisfaction envers les services en français demeure également bonne, avec une note moyenne de 3,9 sur 5. Pour Nabila Sissaoui, ces résultats confirment le travail accompli depuis la désignation de Hamilton comme CFA. Mais, selon elle, « cet accueil réussi doit désormais être consolidé par un ancrage économique solide ».
Le logement apparaît comme le principal obstacle. Pour 63 % des répondants, le coût du loyer dépasse 30 % du revenu familial. Le problème n’est donc pas nécessairement la qualité du logement : 65 % le jugent adéquat. C’est son coût qui fragilise les ménages.
« Lorsqu’une famille consacre une trop grande partie de son revenu au loyer, tout le reste devient plus difficile », souligne Sonia Macaluso, présidente de l’ACFO-Hamilton. Elle rappelle que la situation est particulièrement difficile pour certaines personnes aînées vivant avec un revenu fixe.
L’emploi constitue l’autre grand défi. Près de la moitié des répondants sont à la recherche d’un emploi et, parmi les travailleurs, près du tiers estiment être sous-employés. Le problème ne s’arrête pas là : 64 % considèrent leur revenu insuffisant pour couvrir leurs besoins.
Pour les nouveaux arrivants, plusieurs obstacles peuvent s’ajouter : faire reconnaître ses diplômes, améliorer son anglais, trouver un premier emploi canadien et, parfois, accepter un poste bien en dessous de son expérience. Le risque est alors de rester pris dans un « cercle vicieux » : un emploi précaire entraîne un revenu insuffisant, qui complique à son tour l’accès au logement et la stabilité familiale.
Le principal moyen de s’informer reste le bouche à oreille. Or, 70 % des personnes sondées ne connaissent pas Destination Hamilton, un outil à l’intention des nouveaux arrivants.
Sonia Macaluso y voit à la fois une force et un signal d’alarme : « Les gens s’appuient sur leur communauté, leurs familles, leurs amis et leurs réseaux », explique-t-elle. Mais cette dépendance peut aussi créer des inégalités entre ceux qui disposent d’un réseau bien établi et ceux qui arrivent sans contacts.
Passer à l’intégration durable
Le sondage fait ressortir plusieurs priorités : davantage d’activités pour créer des liens, un meilleur accompagnement vers l’emploi, plus d’aide pour trouver un logement abordable, des services de santé en français et une information plus facile à trouver au même endroit.
Pour Nabila Sissaoui, l’enquête constitue surtout une feuille de route. Elle permet de voir ce qui fonctionne, mais aussi de savoir où concentrer les efforts. Sonia Macaluso insiste, elle, sur la nécessité d’examiner les services « avec les yeux de la personne qui arrive ». Car derrière les statistiques se trouve une question essentielle : comment faire en sorte que l’accueil bienveillant de Hamilton se transforme en véritable possibilité de s’y établir, d’y travailler et d’y vieillir en français?
« Si nous voulons réellement passer d’un accueil chaleureux à une intégration durable, il faudra investir dans les organismes qui font ce travail quotidiennement sur le terrain », affirme la présidente de l’ACFO-Hamilton.
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Photo : À Hamilton, des organismes communautaires, tel RAFIKI, sont essentiels pour répondre aux besoins d’une communauté immigrante diversifiée. (Crédit : RAFIKI)





