À Hamilton, un jardin communautaire fait bien plus que produire des légumes. Porté par le Centre Rafiki, il permet à de jeunes immigrants d’acquérir une expérience professionnelle, de valoriser des savoirs hérités de leur pays d’origine et de tisser un lien durable avec leur nouvelle communauté.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Lorsque les premières pousses de tomates, de poivrons et de gombos émergeront du sol cet été, elles raconteront une histoire bien plus profonde qu’une simple récolte. Celle de jeunes nouveaux arrivants qui retrouvent un savoir-faire hérité de leur enfance, de liens qui se tissent entre générations et cultures et d’une communauté qui choisit de s’entraider.
Lancé au printemps 2025, le Jardin du Centre, pensé comme un espace de rencontre, d’apprentissage et de transmission culturelle, offre à des jeunes l’occasion d’acquérir une expérience de travail rémunéré tout en retrouvant un patrimoine étroitement lié à la terre.
« Cette année, c’est beaucoup plus structuré. L’an dernier, c’était un projet pilote », explique la directrice générale du Centre Rafiki Hamilton, Liliane Kabamba.
Le projet a vu le jour grâce à un financement de la Ville de Hamilton qui a permis l’achat de semences, d’outils et de légumes africains parfois difficiles à trouver au Canada. « Ces légumes coûtent très cher parce qu’il faut souvent les faire venir de différents pays », souligne Mme Kabamba.
L’initiative bénéficie également du soutien de programmes fédéraux liés au marché du travail et aux programmes sociaux.
Cet été, cinq jeunes participeront au programme pendant huit semaines. Certains travailleront dans le jardin, tandis que d’autres assumeront des tâches administratives et assureront des activités du camp d’été du Centre Rafiki.
Pour plusieurs d’entre eux, cette opportunité représente bien plus qu’un simple emploi saisonnier. « Ce sont des jeunes qui nous ont tous parlé des difficultés rencontrées pour trouver du travail, explique Mme Kabamba. Ils ont souvent déjà fait beaucoup de bénévolat. C’est une bonne occasion de les gratifier. »
En effet, l’une des particularités du projet réside dans sa dimension culturelle. De nombreux participants ont grandi dans des familles où l’agriculture faisait partie de leur quotidien.
« La plupart des jeunes qui travaillent dans le jardin ont déjà travaillé la terre dans leur pays d’origine, raconte la directrice générale. Pour plusieurs, c’était une routine familiale, une façon de contribuer à nourrir leur famille. »
Cette expérience leur permet aujourd’hui de transposer ces connaissances dans un nouvel environnement. « Ils se reconnectent à une nouvelle terre. Les liens deviennent beaucoup plus solides lorsqu’ils peuvent prendre cette expérience et la mettre en pratique dans leur pays d’accueil », explique-t-elle.
Au fil des semaines, Mme Kabamba a été impressionnée par le savoir-faire des participants. En effet, ils savent reconnaître les graines de citrouille, connaissent les techniques de plantation et les besoins des différents légumes. « C’est vraiment beau à voir, parce que tout ce qu’ils font n’est pas le fruit du hasard », s’enthousiasme-t-elle.
Au-delà de la culture maraîchère, le jardin devient ainsi un lieu de transmission où les traditions, les connaissances et les histoires personnelles trouvent naturellement leur place.
Depuis son lancement, le projet suscite un vif enthousiasme au sein de la communauté locale. « La communauté est très émue. Tout le monde attend déjà la récolte », affirme Mme Kabamba avec le sourire.
Fort du succès de cette initiative, le Centre Rafiki Hamilton nourrit désormais des ambitions plus larges. L’organisme souhaite acquérir davantage de terrain afin de développer la culture de légumes africains à plus grande échelle et assurer la pérennité du projet.
« Nous aimerions obtenir plus d’hectares », confie Mme Kabamba. À terme, le jardin pourrait même prendre une dimension économique plus importante, tout en conservant sa mission première : offrir un espace où l’intégration passe par l’échange, le travail collectif et le partage des savoirs.
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Photo : Liliane Kabamba (au centre) et deux participants lors de la plantation. (Crédit : Centre Rafiki Hamilton)






